On vit une époque angoissante, c’est vrai. L’extrême droite monte, les discours de haine se banalisent .. et… je ne peux m’empêcher de penser à la diversité de ce style.
Aujourd’hui, je vais mettre en lumière plusieurs artistes qui mènent des combats qui méritent toute notre attention.
Je pense à Lowen groupe mené par la chanteuse irano-britannique Nina Saeidi, qui est bien plus qu’un groupe de Progressive Doom Metal ; c’est un acte de réappropriation culturelle. Leur album majeur, Do Not Go To War With The Demons of Mazandaran, puise sa force dans le Shahnameh (Le Livre des Rois), l’épopée nationale perse qui définit l’identité de l’Iran depuis plus d’un millénaire qui traite des thèmes mythologiques ancestraux, Nina transforme la scène en un espace de narration sacré.

« Je tenais à remercier Jon Sugden photographe qui nous a permis d’utiliser le cliché du groupe Lowen qui représente Nina lisant le Livre des rois. Une photo qui illustre parfaitement le propos ci dessous ».
Utiliser ces textes millénaires aujourd’hui, c’est affirmer que la culture perse est immortelle et qu’elle refuse d’être réduite aux silences imposés par l’histoire moderne.
Pourquoi la démarche de Nina Saeidi avec Lowen est si profonde et politique? Ecrit par le poète Ferdowsi vers l’an 1000, d’ailleurs, il lui a fallu 30 ans pour l’achever, c’est une épopée monumentale de 60 000 vers. C’est l’un des plus longs poèmes au monde qui raconte l’histoire de l’Iran depuis la création du monde jusqu’à la conquête islamique au VIIe siècle. On y trouve des rois légendaires, des héros herculéens comme Rostam, des démons Divs, des amours tragiques et des batailles épiques.
Le titre de l’album de Lowen : « Do Not Go To War With The Demons of Mazandaran » fait référence à un épisode célèbre où le roi Kay Kavus tente de conquérir le Mazandaran une région de l’Iran mythifiée dans le livre comme une terre de démons et se retrouve piégé par la magie.
À l’époque de Ferdowsi, l’arabe était la langue dominante de l’administration et de la religion. En écrivant ce chef-d’œuvre presque exclusivement en persan, Ferdowsi a empêché la langue et la culture persanes de disparaître. Pour les Iraniens, c’est un livre de morale et de sagesse. Il dit que le pouvoir est éphémère, que la justice doit primer et que le mal finit toujours par être combattu, même si c’est au prix de grands sacrifices. Lire le Shahnameh en public, comme le fait Nina, est un acte de fierté nationale qui dépasse les frontières politiques actuelles. C’est dire : « Notre culture est millénaire, elle est plus grande que ceux qui tentent de nous faire taire. »
Je pense également à Voice of Baceprot Ces trois jeunes femmes indonésiennes, musulmanes et fières de porter le hijab, qui balancent un thrash metal d’une efficacité redoutable. Elles sont la preuve vivante que la foi et la musique extrême ne sont pas ennemies. Elles envoient valser les préjugés des conservateurs de tous bords.
Taqbir surgi de l’underground marocain et opérant dans l’anonymat pour des raisons de sécurité, Taqbir pratique un hardcore punk d’une violence libératrice. Leur EP “Victory Belongs to Those Who Fight for a Right Cause” est devenu un cri de ralliement mondial contre le patriarcat et l’oppression. En refusant de montrer leurs visages, ils laissent leur musique devenir le porte-voix de tous ceux qui refusent de rester muets.
Slave to Sirens est le premier groupe de thrash/death 100% féminin du Liban, Slave to Sirens est né dans le chaos de Beyrouth. Entre crises sociales et accusations de « satanisme », Maya, Shery, Lilas, Alma et Tatyana ont fait de leur musique une question de survie. Immortalisées par le documentaire “Sirens”, elles incarnent la dignité d’une scène qui refuse de s’effondrer, prouvant que jouer du métal extrême au Moyen-Orient est un acte politique quotidien.
Burka Band formé à Kaboul, ce groupe reste l’un des projets les plus subversifs de l’histoire. En jouant du rock-indie vêtues de burkas bleues intégrales, ces artistes afghanes anonymes ont retourné l’uniforme de leur invisibilité contre leurs oppresseurs. Leur titre “Burka Blue” résonne encore en 2026 comme un rappel brutal : là où la liberté d’expression est interdite, l’art trouve toujours une faille pour s’engouffrer, même sous un voile de fer.
Ce sont des femmes brillantes éprouvant le besoin de se protéger des obscurantismes. La musique est notre seul langage universel, et voir des gens vouloir y ériger des murs ou critiquer une tenue que ce soit un voile ou un cuir me déchire.
Heureusement, au milieu de ce constat parfois sombre, il y a des phares. Une nouvelle génération d’artistes est en train de faire ce que beaucoup n’osaient pas, elles construisent leur propre salle de concert.
Delilah Bon, La Reine du Brat Punk devenue l’icône absolue de la scène fusion punk/hip-hop. Elle a créé un mouvement entier pour les femmes et les personnes non-binaires. Ses textes sont des manifestes contre le harcèlement et pour la réappropriation du corps. On peut être ultra-féminine, rose bonbon, et plus « punk » .
Nova Twins, les game-Changers Amy Love et Georgia South ont littéralement réinventé le son du rock alternatif moderne. Elles militent activement pour la diversité dans les festivals et prouvent que l’innovation vient souvent des marges.
L’artiste RORY issue de la scène alternative anglaise apporte une vulnérabilité qui est, en soi, un acte politique, elle parle de santé mentale, de deuil et de reconstruction avec une rage post-hardcore. Elle montre qu’être contestataire, c’est aussi refuser de cacher ses failles dans un monde qui nous veut « lisses ».
Zand l’icône de l’Ugly Pop Alt-Metal, artiste non-binaire à l’univers visuel et sonore radical. Zand attaque de front la transphobie, le sexisme et les normes de l’industrie musicale. Sa musique est une agression nécessaire contre le confort des conservateurs. C’est le futur du métal : sans genre, sans limites, et sans excuses.
Izzy T est d’origine irano-britannique (native de Hull), Izzy T est une déferlante alternative, Entre ses tournées avec Delilah Bon et ses performances lors de rassemblements pour la liberté du peuple iranien, elle prouve avec des titres comme “Crime Scene” que le rock est l’arme ultime pour l’égalité.
Parallyx, groupe porté par la voix et le growl dévastateur de Lina Benabdesslem, ce groupe parisien aux accents de Casablanca, ville d’origine de la chanteuse, est le fer de lance du Metalcore moderne au Maroc. Avec des morceaux comme “Glass Throat”, Parallyx impose une technicité chirurgicale qui n’a rien à envier aux géants occidentaux.
Tatiana Shmayluk de Jinjer La Puissance de la Résilience
On ne la présente plus, mais sa place est vitale. Au-delà de sa technique vocale extraterrestre, Tatiana a porté la voix de l’Ukraine sur toutes les scènes du monde. Elle incarne la dignité face à la guerre et montre que le métal est un outil de survie et de témoignage politique majeur.
Seera, dont le nom signifie « histoire » ou « voyage » en arabe, est un groupe saoudien de rock psychédélique fusionnant des sonorités ancestrales du Moyen-Orient avec du rock moderne. Leurs compositions sont des ponts entre le passé et le futur, raconter une nouvelle mythologie arabe, libre et audacieuse.
Scene Queen, la Révolution Bimbocore qui a secoué le milieu du Metalcore avec un concept radical : le rose comme arme de guerre, elle dénonce violemment les prédateurs et le sexisme systémique de la scène métal « classique ». En utilisant les codes de la « Bimbo », elle court-circuite le cerveau des misogynes et leur rappelle que leur avis n’a aucune importance.
CHENA (Chena Onyx Ohanele)Véritable virtuose du « shred », cette artiste d’origine nigériane née au Royaume-Uni est une force montante du metal alternatif. Autodidacte, elle a appris la guitare dans les livres avant de s’imposer sur la scène internationale (notamment via le documentaire Musician Mansion). Son titre phare, “Prisoner of Conformity” (2024), est un cri de guerre contre l’endoctrinement et les carcans sociaux. Sa discographie, incluant des singles comme “Dark New Sun” ou “Energy” sont à découvrir!
OTYKEN Originaire de la taïga sibérienne, ce collectif indigène (composé de membres des peuples Chulym, Ket et Khakass) est mené par la voix hypnotique d’Azyan et les percussions de Hakaida. Leur musique est une fusion organique entre chant de gorge, instruments ancestraux (comme la harpe à mâchoire vargan de Tsveta) et beats modernes. Avec leur titre phare “Magic”, elles célèbrent les observatoires astronomiques antiques de Sibérie. elles luttent contre l’extinction de leurs langues et de leurs traditions, et chaque morceau est en quelque sorte un talisman de résistance culturelle.
No Terror In The Bang Originaire de Rouen, ce groupe de métal alternatif cinématographique est mené par la voix polymorphe de Sofia Bortoluzzi. Chez No Terror In The Bang, la musique est une mise en scène des traumatismes et des obsessions humaines. Entre growls viscéraux et chants lyriques d’une pureté fragile, Sofia incarne la dualité de l’âme : la peur et la résilience. Avec des albums comme Eterea ou Heal, le groupe explore les méandres de la psyché avec une intensité dramatique rare. Ils nous rappellent que la résistance commence souvent à l’intérieur de soi, en transformant ses propres ombres en une œuvre d’art puissante et libératrice.
Ces artistes sont la preuve que l’engagement n’est pas une option, c’est une nécessité vitale. Elles nous rappellent que le metal et le rock alternatif sont des musiques contestataires.
MUSIC VIDEO PLAYLIST LOUD & UNSTOPABLE #2






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