
Comme quoi, des fois, on a des bonnes surprises: Exil. Groupe français de Black Metal teinté de Post-Punk à vu le jour durant une certaine pandémie que nous connaissons, malheureusement, tous…
Après un premier EP en 2020 (Yad), un Split avec Vautours et Traquenard (Que je vous recommande, d’ailleurs …surtout Traquenard) et une Demo, le quatuor nous a balancé leur tout premier album, Karga, sortie le 30 Janvier dernier. Je dis bonne surprise (Déjà, parce que ce fut une excellente découverte musicale pour moi), car les mecs vivent à, à peine 10 kilomètres de chez moi… Le monde est petit hein ?
J’ai été happé dès ma première écoute de l’œuvre. L’intro, « Abîme », nous met d’emblée dans l’esprit de la bande: Un son Post, bien mélancolique, qui t’entraîne dans les abîmes, justement. On enchaîne directement avec le morceau éponyme, « Karga », qui signifie Corbeau en Kazakh (Et en d’autres langues), car oui, l’album se partage entre différents dialectes tels que le Kazakh, l’anglais, mais également le français.
Autant vous dire que cet opus est rempli de différents horizons, que ça soit aux niveaux des langues, mais également au niveau des sonorités. Le morceau est dans une veine Black que je qualifierais de Melodic-Depressive. Je veux dire par là qu’elle m’a beaucoup fait penser à un morceau de Before the Dawn. La track suivante aborde une nouvelle touche limite Folk.
« Rodina » (Famille) est un parfait exemple de ce que j’ai dit plus haut: De multiples langages sont employés dont le français qui intervient au dernier tiers de la chanson avec des paroles pessimistes avant que le rythme musical s’accélère. Une de mes tracks préfèrés.
On change d’horizon avec « Tchujoï »: On entend une patte beaucoup plus axée sur le pur Black avec un riff bien lourd. Tout du moins, pendant la première moitié. Avec la seconde, on retombe dans le Depressive Black pur et dur. Comme s’il était impossible de se sortir de cette boucle qu’est la dépression. Quand tu penses enfin t’en sortir, cette merde te rattrape à chaque fois. Et ça se reboucle… à l’infini !
Mais on a le droit à un petit « temps de repos » avec l’interlude « Délivrance »… avant de retomber dans cet abîme. « Avec ou sans vous » est ma track favorite: Une ambiance malsaine, noire, appuyé par des paroles et une voix des plus percutantes et une sonorité implacable, qui n’offre aucune pause à l’auditeur.
En espérant que vous ayez bien profité du petit calme qui vous ait été offert juste avant… parce que l’avant-dernier son vous plonge dans les ténèbres les plus profondes du Black Metal. « Poussière » est (Si on ne compte pas le featuring qui suit) la manière parfaite pour clôturer un album. Quand j’ai pris connaissance de Karga et que j’ai lu le titre de celle-là, une phrase m’est venu en tête quasi instantanément: « Poussière tu es, et poussière tu retourneras ». Encore une fois, une boucle sans fin, des plus pessimistes.
Ce qui nous amène à l’ »Exil » final. Featuring avec Amy Tung Barrysmith, de Amenra et Year of the Cobra. Deux groupes que j’affectionne particulièrement aussi. On finit Karga sur un autre registre (encore une fois) beaucoup plus proche du Post-Metal / Sludge (Style des deux groupes précédemment cités), qui fait que l’ambiance générale se fait plus apaisante, plus sereine… comme si cet Exil, n’était que le voyage que l’on fait une fois que l’on passe l’arme à gauche. Ce côté posé, voire rassurant est surtout dû au timbre de voix magnifique d’Amy. Je me suis posé beaucoup de questions concernant cet ouvrage. Quoi de mieux pour y répondre que de s’adresser directement aux musiciens ?
INTERVIEW:
Grizzly: Ok, on est avec Arsen de Exil. Première question, et pour moi, c’est la plus importante, comment tu vas ?
Arsen: Ça va très bien, merci beaucoup. L’album est sorti depuis 3 jours, ça devient un peu plus calme. C’était le rush ces derniers jours.
G: Effectivement, votre premier album est sorti le 30 Janvier dernier. Mais ça fait déjà un moment qu’Exil existe ?
AR: Ouais, notre premier EP est sorti en 2020. On a fait pas mal de dates dans la région, quelques dates en Belgique et à Paris aussi. Et là, ça faisait un peu plus d’un an qu’on a mis les concerts en pause, pour s’occuper de la sortie de l’album, on cherchait un label aussi. Et aujourd’hui, on revient avec un beau Full-album.
G: Comment le groupe est né ?
AR: Le groupe est né en 2020, en pleine pandémie. J’avais ma guitare chez moi, on pouvait sortir nulle part,… Et à un moment donné, je me suis dit que j’avais quelques sons en tête, et j’ai appelé des amis pour monter ce projet avec moi. Et on a fait notre première sortie avec Charly Milioz qui a produit le son de Exil dès ses débuts, parce que moi, je ne m’y connaissais pas du tout. On s’est dit, à ce moment-là, que y’aurait peut-être plus jamais de concert de notre vie… Mais en 2021 on a commencé les concerts avec Lille, Paris, …En 2022, on s’est séparé de notre ancien batteur, et Alan, qui vient de nous rejoindre, est arrivé dans Exil pour l’album Karga.
AL: Même pas on m’attends !
G: Comment tu vas, Alan ?
AL: Ecoute, ça va nickel, journée classique, content d’être là !
G: Une question que je me pose, vous vous qualifieriez dans quel style de Metal ?
AR: Je dirais qu’on est entre le Black Metal et le Post-Punk. Mais tu verras qu’il y a plus de dérives. Y’a tellement de sous-genres dans le Black qu’on s’y perd. C’est souvent le public qui vient nous dire « Ah, j’ai trouvé que ça ressemblait à ça ». Surtout au Post Black. Donc, voilà, on fait du Post Black. En fait, on voulait mélanger les styles. Les morceaux, on les a composés à des moments différents de notre carrière. On a composé cet album sur 1 an et demi, entre les concerts et les résidences qu’on a fait. Donc, forcément, ça a créé ce mélange avec un fil conducteur.
G: Et vos influences personnelles à chacun ?
AL: Je pense que, avec Arsen, on est le côté très Black Metal de Exil. Même si on n’écoute pas que ça. En ce moment, je suis vraiment dans le True Black 90, première vague, tout ça… Même si j’écoute du Rap.
AR: Pour moi, en termes d’influence autre que le Black Metal, j’ai commencé par le Thrash. Quand j’étais ado, j’écoutais ça à fond, je me disais qu’il fallait que je joue le plus vite possible. Au final, avec le temps, on grandit un peu, on sort de cette vague là. Et aujourd’hui, j’suis entre le Black Metal, le Thrash et quelques livres d’Albert Camus.
G: Dans vos textes, vous maniez la langue française et Kazakh. Ça a dû être assez dur pour écrire, non ?
AR: Ça c’est fait de manière instinctive. On s’est dit que, cette fois-ci, j’allais chanter en Kazakh pour la première fois. Parce qu’en fait, dans le premier EP, je chantais juste en russe, anglais et français. C’était pas revendiqué, mais cette fois, c’est plus mis en avant. Par exemple, le morceau « Karga » est entièrement écrit en Kazakh. Le fait que le corbeau (Karga signifie corbeau) regarde vers l’Est, c’est parfait pour le représenter. Dans le choix des langues, on a beaucoup écrit, avec Alan, et là-dessus, on s’est bien complété. On s’est bien partagé la tâche. Ça a été très direct et instinctif dans le sens où on a enregistré les paroles le jour J. On l’a fait à la dernière seconde.
G: Qui a fait l’Artwork ?
AL: C’est Sophie, qui a fait beaucoup d’artwork pour les acteurs de l’ombre. On est tombé dessus sur Instagram. Je regarde quotidiennement. On avait pas encore décidé d’appeler l’album Karga, en fait. Mais quand on l’a vu, on s’est dit « C’est celui-là ! »
G: Une release Party est prévue ?
AR: Oui, parfaitement. Le 21 Mars à la Bulle Café de Lille avec Decline of the I, un groupe de Black Metal de Paris. C’est l’affiche parfaite pour qu’on puisse défendre l’album.
AL: Exact, je rejoins Arsen là-dessus. C’est pas exactement le même style que nous, mais c’est pas non plus du « True Black dans ta gueule ». C’est un juste milieu. Là, t’as le côté Post-Black qui se ressent bien. Je ne pense pas que les gens qui viendront nous voir soient dépaysés en entendant Decline, et inversement.
G: En parlant de groupe: y’en a un avec qui vous aimeriez partager une affiche ?
AL: Hm… Je t’avoue que ce que je préfère, c’est jouer avec des potes. En termes d’inatteignable, je dirais The Cure.
AR: Si on parle de l’Underground, je dirai Deathspell Omega. Dans une cave, ça serait parfait.
G: Et en terme d’endroit ?
AL: Alors, j’ai plus le nom, mais je crois que c’est les gars de MGLA qui font ça dans la forêt polonaise, ou y’a un bus qui vient te chercher, qui te largue dans la forêt, ils te filent une carte en mode « démerde toi, y’a un festival dans le coin ». J’ai un pote qui l’a fait, y’a des photos, c’est vraiment paumé et n’importe quoi, genre y’a des autels qui crament … C’est vraiment pour les grands passionnés.
AR: Je suis ouvert à toutes les dates. J’suis plutôt dans la quantité que d’en choisir un seul.
G: Sur votre album, vous avez fait un featuring avec Amy de Amenra / Year of the Cobra. Comment ça s’est passé ?
AR: Ça s’est passé de manière très naturelle: Un jour, je lui ai envoyé un mail, en lui disant « Bonjour Amy, j’aimerais bien que tu chantes sur ce morceau si tu peux et si tu as le temps ». Elle m’a répondu deux jours après en me disant qu’elle avait essayé de faire un truc tard la nuit. Elle l’a fait en one-shot, elle a fait des chœurs, elle a fait sa piste principale… Elle m’a demandé ce que j’en pensais en me disant qu’elle était pas trop sûre d’elle. On a écouté, et on s’est dit: C’est parfait, c’est comme ça que le morceau doit sonner. On l’a gardé le plus brut possible, et on l’a mixé, vu qu’en fait y’a que deux accords sur le morceau, ça fait beaucoup d’espace. Donc on a laissé absolument tous les chœurs, tout ce qu’elle nous a donné, on l’a laissé tel quel. Pour la petite histoire, je la connaissais depuis 2017/2018, quand j’étais organisateur de concert à Lille. Elle était venue avec Year of the Cobra, et on a gardé contact. Et quand l’idée est apparu qu’il faudrait refaire un feat comme pour l’EP, j’me suis dit que l’idée parfaite serait de faire chanter Amy dessus. C’était en 2024, et à l’époque, elle m’avait dit « Garde le pour toi, mais je vais rejoindre Amenra« . J’étais genre « Ah ouais d’accord ! ». Ils m’ont invité à L’Ancienne Belgique pour leur Release Party qui durait une semaine à Bruxelles.
G: Vous avez d’autres sons en approche ?
AL: Oui, effectivement, y’a d’autres trucs. Entre temps, on a un peu composé, mais on a aussi laissé le temps de reposer. Par exemple, faut savoir que moi, j’suis parti en Irlande pendant 8 mois, alors qu’ils étaient en train d’enregistrer l’album. J’suis revenu en France fin Mai, et c’est seulement là qu’on a pu se revoir, se proposer des idées. Mais pourquoi pas un p’tit Split ?
G: Les gars, merci énormément pour votre temps !
AR: Merci à toi!







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