
On l’attendait, cette édition, après deux années successives d’annulation ! La première des deux sessions a déjà rempli ses promesses. Le Hellfest offre toujours autant d’éclectisme dans le champ du metal, du punk, des musiques extrêmes, allant du stoner au death brutal, en passant par le glam ou le pagan… On ne peut pas cependant, par définition, tout voir. Chacun fait son combo en fonction des envies, des amis avec qui il passe le fest, mais aussi en fonction des pauses restauration, toilettes, bières ou météo. Donc je n’ai pas tout vu et comme tout un chacun, j’ai vu un « combo » unique : celui que j’ai voulu et/ou pu faire au gré des circonstances… Mais je vais quand même vous raconter un peu de ce que j’ai vu !
“Chaud” must go on
Chaud. Chaud bouillant. C’est le premier mot qui viendra à l’esprit de tout festivalier pour résumer le premier week-end, caniculaire, de cette spéciale « Double Edition » du Hellfest.
Avant de parler musique, pour cette quinzième édition, l’on se doit de parler météo : 40°C à l’ombre du jeudi au samedi soir ! Il n’y avait pas un centimètre carré de libre dans la petite forêt du Kingdom of Muscadet. Petit rafraîchissement bienvenu le dimanche.
JAMAIS une édition n’avait eu lieu sous une telle température : on ne peut que remercier l’orga pour avoir installé tout ce qui pouvait rafraîchir les festivaliers : murs d’eau, pour aller prendre une douche tout habillé, canons et lances à eau prêtés par les pompiers et le SDIS, brumisateurs géants… Merci Hellfest de prendre soin de nous !
La météo aura même parfois empêché certains spectateurs de se rendre voir un concert prévu, obligés qu’ils étaient de faire une pause à l’ombre. On se demande même comment certains artistes ont produire un tel chaud-show et survivre à la fin de leur set !!!
En tout cas, un grand merci et coup de chapeau, en passant, aux équipes de secouristes qui ont dû s’occuper des quelques 800 spectateurs qui auront fini par succomber ce week-end là à la vague de chaleur sous le soleil de Satan.
Statues, décors et nouveautés
Lemmy le grand retour
Ashes to ashes, dust to dust
En 2019, le sculpteur bordelais Jean-François Buisson – à qui l’on doit déjà LA titanesque « guitare du rond-point », le fameux arbre métallique ou bien la main géante Hellfist – avait encore frappé, en offrant l’heure à tout le monde avec sa Hellbell, cette horloge de rouille et de feu qui rougit dans la nuit !
Et là, comme à chaque édition, le site du Hellfest s’est paré de nouveautés pour la plus grande joie des participants. Les scènes ont été, depuis la dernière édition, goudronnées, ce qui permet aux plus fous-fous de faire des circle pits sur béton avec moins de poussière !
Le fronton de la porte du Kingdom of Muscadet, dont les poteaux sont sculptés dans deux séquoias a quant à lui été rafraîchi par Jimmix, son créateur angevin : désormais, un Bacchus, dieu de la vigne, trône dans une cage de fer. Et une nouvelle vanité biface-écorché trône sous les chênes et les frênes de la petite forêt.

Pour les plus curieux, lire l’article d’Eva Prouteau « L’enfer du décor » dans la Revue 303 (n°171, « Décors de fête », parution en juillet 2022)!
Et puis, il y a Lemmy… Non, il ne reviendra pas. Il est mort. Ce qui ne l’empêche pas de rester dans le cœur de nombreux hellbangers ; il reste éternel, Lemmy.
Mais on peut cependant parler de grand retour, car cette année, il a été encore un peu plus « immortalisé », si l’on peut dire, avec la nouvelle statue toute de métal scintillant, fabriquée par la plasticienne Carole Brisset. L’ancienne statue de 13 mètres de haut « seulement », édifiée en 2015, vieillissait mal en effet, attaquée par les oiseaux. Et cette nouvelle statue, plus grande, abrite une partie des cendres du monstre sacré de Motörhead… Surplombant la Warzone, Lemmy te surveille éternellement…
Trois anniversaires sur la Warzone
La Warzone avait une bien belle affiche pour les nostalgiques des années 90 qui aimaient la Fusion. La veille, le vendredi, Rude Boy plays Urban Dance squad nous avait gratifié des bons vieux « Livin’ in the fast lane » et « No Kid » tandis que le groupe de punk Dog Eat Dog avait enflammé la foule et fait résonner l’arène avec son légendaire « Who’s the King ».
Et ce samedi, trois groupes et non des moindres fêtaient leurs anniversaires en cette quinzième édition ! Se succédant sur une scène où il est impossible de trouver un pet’ d’ombre, ils ont, on peut le dire, dignement soufflé leurs bougies sur des spectateurs tout aussi fondus que des chandelles…
Samedi 15:05 Frustration : le célèbre quintet parisien de quinquagénaires a ouvert le bal des anniv’ à 15h05 pour leur 20 ans d’existence ! Eh oui, 20 ans que Fabrice – rouflaquettes grisonnantes, chemise à carreaux-bretelles et jean usé aux genoux – Fabrice, le chanteur du groupe emprunte avec brio les accents de Ian Curtis et avec un charisme fondé sur la simplicité scénique. Flanqué de ses 4 camarades (synthé-basse-guitare-drums) avec lesquels ils ont fondé le label Born Bad records, ils ont interprété, pour le plus grand bonheur de leurs fans liquéfiés sous le soleil, pléthore de tubes : « Excess », « No trouble », « It’s gonna be the same ». Toujours la même noirceur synthético-industrielle d’une cold-wave qui donne pourtant envie de danser. Déjà que leur set du 20 mai dernier au Ferrailleur (pour ceux qui ont la chance d’habiter Nantes) était excellent, là, on en redemande… ! Parce qu’au Ferrailleur, le bassiste n’a pas la place pour se jeter dans la foule comme il l’a fait cette fois-ci !
Samedi 18:30 Agnostic Front : NYHC. Quatre lettres séparées par 2 diagonales. New-York Hard Core. Il y en avait du tatouage NYHC dans la foule à ce moment-là ! Le groupe phare des années 80-90, celui qui a tant inspiré Biohazard, revenait pour fêter, lui, ses 40 ans ! « Crucified », « Dead to me », des vieux tubes qu’on n’avait pas entendus depuis longtemps ! Ils nous ont délivré un pur son punk, agressif, énervé et l’énergie dont ils sont capables à pas loin de 60 ans (impressionnant !!! ) devant des spectateurs – pour ceux qui n’avaient pas fondu – qui se lançaient dans des circle pits effrénés. À l’image du cerbère, chien à trois têtes, enragé qui orne leur flag… Pour finir sur un « Blitzkrieg Pop » des Ramones interprété avec une pêche… R-E-S-P-E-C-T.


Samedi 20h30 Toy Dolls : Quarante ans aussi ! Une grande claque de punk-rock british endiablé, aucun temps de pose entre les morceaux. Vestes et cravates rouges, cheveux teints en bleu et orange, lunettes de soleil aux couleurs acidulées, les Toy Dolls ont le même âge qu’Agnostic Front mais la comparaison s’arrête là. Ce trio envoie du punk aux riffs assez roots mâtiné de surf-rock pré-Pixies ou de blues rock suraccéléré. Sur les 25 à 30 anciens membres ne reste que le fondateur, Olga, le fondateur est le seul à rester, pour faire éclater la bouteille de champagne géante d’où s’échappe des confettis sur une foule. La toccata de Bach interprétée à merveille, de belles chorégraphies complices, guitare et basses tournant dans un ballet synchronisé pour finir sur une session guitare trois-manches… Merci et bon anniversaire les Toy Dolls !
Les grands classiques
Vendredi 00h00 Death to all : Que dire si ce n’est que les anciens musiciens de Chuck Schuldiner, « le parrain du Death metal », assurent toujours comme des brutasses ? Un son aux petits oignons, une technicité de fou (Steve Di Giorgio à la basse et Gene Hoglan à la batterie restent toujours aussi impressionnants). On fermait les yeux et l’on était toujours en communion avec Chuck, le Mozart floridéen, disparu trop tôt, en 2001, de sa tumeur du tronc cérébral. On a eu droit à des incontournables exécutés avec brio : « Crystal Mountain » de Symbolic, « Overactive imagination » d’Individual Thoughts Patterns. Et ça faisait d’autant plus plaisir de les voir pour un amateur de death floridéen qu’Obituary, eux, avaient été annulés… Un set qui ne prend pas une ride… ! Hail to Death, Death to all !
Samedi 21h35 Sepultura : Contrairement à leur dernier passage au HF, les Brésiliens, n’ont pas eu droit à la Mainstage mais à l’Altar qui s’est remplie à une vitesse proprement hallucinante. On s’est vu réécouter leurs grands classiques des années 90 : « Arise », « Territory » « Refuse/Resist »… Toujours sympathique à revoir !


Samedi 12h50 Soldier Side : Les Dead Daisies étant annulés, il a fallu trouver un groupe pour les remplacer au pied levé sur la Mainstage 2. Ce fut Soldier Side, un groupe qui en plein soleil, a régalé les festivaliers des reprises de System Of A Down : les amateurs de nu-metal des années 2000 étaient ravis et ont pu reprendre à peu près tous les tubes en chœur : « Chop-suey », « Atwa », «Toxicity », « Aerials »… Pas de la grande découverte, mais une belle efficacité et pour un ersatz, Soldier Side fonctionne bien… Comme un effet Placebo si l’on peut dire (pardon, je sors… !)
Des belles découvertes
Samedi 14h20 Me and that man : Si on vous dit qu’en regardant ce groupe, vous êtes face à Nergal, aka Adam Darski, fondateur du groupe Behemoth, vous avez bien du mal à y croire ! Exit le maquillage blanc et noir et cette capuche médiévale ! Oubliés « The Satanist » ou « Evangelion » ! Place à un side-project orienté country-blues des grands espaces. Slide, bottle-neck, en fermant les yeux, vous imaginez déjà les cactus d’Arizona, les tumbleweeds roulant sur le sable, les serpents à sonnettes… Darski, chapeau à large bord, collabore ici avec John Porter, un guitariste influencé par Tom Waits, Johnny Cash, Nick Cave et venait défendre le troisième album… Du rock sombre dont « My church is black » résume bien l’esprit. A écouter et réécouter sans modération. Merci Monsieur Nergal, vous avez décidément plus d’une corde à votre arc !


Vendredi 13h35 Mephorash : un groupe comme le Hellfest sait en programmer. De l’occult black metal suédois. Un truc de niche bien spécifique pour connaisseurs. Esotérisme, religion… Ça tombe bien je ne connaissais pas ! Relativement inquiétante, la scénographie a des aspects liturgiques, un peu comme les orthodoxes polonais de Batushka, l’encens en moins mais les coupelles enflammées en plus. Si c’est un brin ressemblant, les musiciens de Mephorash, masqués, vous invitent à une messe noire qui convoque un black metal atmosphérique plus intéressant et plus riche (cela n’engage que moi, hein ?) que les . Mozart, du fond de sa tombe (fosse commune), ne leur en voudra sans doute pas de sampler son Requiem ! Fondé en 2012, connu pour avoir réalisé un clip/concert en pleine nature pendant le confinement, ce groupe mérite d’être vu au moins une fois « on stage » !
Conclusion : fin du voyage, contentement et frustration
Ben, oui, je suis frustré ! J’ai pas pu tout voir, je vous le disais au début ! Je serais bien revenu Regarder une deuxième fois les hommes tomber ! J’aurais bien aimé voir Gojira une cinquième fois (nul doute, pas besoin de live report, je suis sûr que c’était bien !)… J’ai eu trop chaud vendredi pour assister à Rotting Christ… Frustration, comme le groupe.
Mais contentement. Content, comme tant d’autres, d’avoir passé un beau week-end en enfer ! D’avoir profité de ce beau festival si bien organisé, où quelle que soit l’affiche, chacun y trouve à boire et à manger !
See you next time in Hell, headbangers !

Hugo Chereul pour MetalMad TV






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