Imaginez Jérusalem au début des années 90 : un carrefour de tensions, de spiritualité et de silence imposé. C’est dans ce chaudron qu’Ashmedi décide, en 1993, de donner naissance à ce qui allait devenir une anomalie fascinante dans le paysage du métal extrême.

Melechesh n’a jamais cherché à copier les codes du Black Metal européen. Dès le départ, le groupe a préféré creuser le sol de sa propre région pour en déterrer des divinités oubliées et des récits sumériens écrits en caractères cunéiformes. C’est ainsi qu’est né le « Mesopotamian Metal », un genre à part entière qui mélange la fureur brute du Black et du Thrash avec les structures envoûtantes de la musique orientale. Pour eux, le riff n’est pas qu’une agression sonore, c’est une incantation.
Leur parcours n’a rien d’un long fleuve tranquille. Faire du métal à Jérusalem à cette époque, c’était un peu comme prêcher dans le désert, mais avec la police aux trousses. Entre les accusations de satanisme et la pression sociale, l’exil vers l’Europe est devenu une évidence pour que le projet puisse enfin respirer. Ce départ a marqué le début d’une ascension constante, jalonnée d’albums devenus des classiques comme Djinn ou le magistral Emissaries.
Au fil des ans, Melechesh a su construire un pont entre l’érudition historique et la sauvagerie électrique, prouvant que l’on peut être à la fois un chercheur passionné de mythologie et un musicien d’une intensité rare.
Ce qui frappe chez Melechesh, c’est cette capacité à ne jamais diluer leur identité. Ashmedi, véritable cerveau de l’opération, ne se contente pas de survoler les thèmes de la Mésopotamie ; il les vit. On sent dans chaque morceau une sorte de transe, un groove particulier qui vous fait secouer la tête tout en vous transportant dans une cité antique disparue sous les sables. C’est une musique qui demande de l’attention, une musique de texture et d’atmosphère.
Après une longue période de silence radio qui a mis les nerfs des fans à rude épreuve, le groupe revient aujourd’hui avec une énergie renouvelée. Signés chez Reigning Phoenix Music, ils s’apprêtent à sortir Sentinels of Shamash, un EP qui sonne déjà comme un rappel à l’ordre. Avec le single « Raptors of Anzu », Melechesh nous rappelle qu’ils n’ont rien perdu de leur superbe. Ils reviennent pour réclamer leur trône, avec cette même honnêteté intellectuelle et cette fureur sacrée qui les caractérisent depuis plus de trente ans. Ils ne sont pas juste un groupe de passage ; ils sont les gardiens d’un héritage immense, transformant la poussière des empires en un brasier sonore absolument unique.






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